En ce moment, Suzette, rendue à ses terreurs, vit une ombre silencieuse qui se glissait le long du marécage, et qui, reflétée dans l'eau, paraissait gigantesque. Elle laissa échapper un cri, et l'ombre, s'enfonçant dans le bourbier, vint droit vers la patache, quoique avec lenteur et précaution.
—N'ayez pas peur, Suzette, dit madame de Blanchemont qui, en ce moment, n'était pas très-rassurée elle-même; c'est notre vieux mendiant de tout à l'heure; il nous indiquera peut-être une maison d'où l'on pourra venir nous porter du secours.
—Mon ami, dit-elle avec beaucoup de présence d'esprit, mon domestique, qui est là, va aller auprès de vous pour que vous lui montriez le chemin d'une habitation quelconque.
—Ton domestique, ma petite? répondit familièrement le mendiant, il n'est pas là; il est déjà loin... Et d'ailleurs, il est si vieux, si bête, si faible, qu'il ne te servirait de rien ici.
Pour le coup, Marcelle eut peur.
IV.
LE MARÉCAGE.
Cette réponse ressemblait à la bravade farouche d'un homme qui a de mauvaises intentions. Marcelle saisit Édouard dans ses bras, résolue à le défendre au prix de sa vie, s'il le fallait: et elle allait sauter dans l'eau du côté opposé à celui par lequel s'approchait le mendiant, lorsque la chanson rustique qui s'était fait déjà entendre reprit un second couplet, et cette fois à une distance très-rapprochée.
Le mendiant s'arrêta.
—Nous sommes perdues, murmura Suzette, voilà le reste de la bande qui arrive.