—Moi? Mais vous oubliez que si l'histoire est vraie, il y en a une moitié à madame de Blanchemont et l'autre aux Bricolin?
—C'est une raison de plus pour courir. Tu as accepté cela dans ton coeur à charge de restitution. Va donc le chercher. Quand tu auras rendu ce service-là à M. Bricolin, c'est bien le diable s'il ne te donne pas sa fille.
—Sa fille! Est-ce que je songe à sa fille? Est-ce que sa fille peut songer à moi; dit le meunier en rougissant.
—Bon! bon! la discrétion est une vertu; mais je vous ai vus danser ensemble tantôt, et je comprends bien pourquoi le père vous a séparés si brusquement.
—Monsieur Tailland, ôtez-vous tout cela de l'esprit. Je pars; s'il y a un magot pour tout de bon, qu'en ferai-je? Ne faudra-t-il pas quelque déclaration à la justice?
—A quoi bon? Les formalités de la justice ont été inventées pour ceux qui n'ont pas de justice dans le coeur. A quoi servirait de déshonorer la mémoire de ce vieux drôle qui a réussi pendant quatre-vingts ans à passer pour un honnête homme? Tu n'as pas besoin non plus qu'on sache que tu n'es pas un voleur; on le sait de reste. Tu rendras l'argent, et tout sera dit.
—Mais si ce vieux a des parents?
—Il n'en a pas, et quand il en aurait, veux-tu les faire hériter de ce qui ne leur appartient pas?
—C'est vrai; je suis tout abruti de ce qui vient de se passer. Je vas monter à cheval.
—Ça ne sera pas commode de rapporter ce fameux pot de fer qui est si lourd, si lourd! Les chemins sont-ils praticables par là-bas?