—Je l'ai donné à garder à Grand-Louis, dit la vieille qui savait son fils capable de le lui arracher, de force, des mains dans un moment d'ivresse, s'il venait à le voir.

—Et pourquoi à Grand-Louis, et non pas à moi ou à ma femme? Vous voulez donc lui en faire une donation si je ne fais pas votre volonté?

—L'argent d'autrui est en sûreté dans ses mains, dit la vieille, car il a eu celui-là à mon insu, et il me l'a rapporté quand je le croyais perdu pour toujours. Il est à mon homme, s'entend; mais puisque vous l'avez fait interdire, et que nous nous étions, sous l'ancienne loi, donné notre bien à fonds perdu, au dernier vivant, j'en dispose!

—Mais c'est donc un recouvrement? C'est impossible! vous vous moquez de moi, et je suis bien bon de vous écouter!

—Écoute, dit la mère Bricolin, c'est une drôle d'histoire.

Et elle raconta à son fils toute l'histoire de Cadoche et de sa succession.

—Et le meunier t'a rapporté cet argent-là quand il pouvait n'en rien dire? s'écria le fermier stupéfait. Mais c'est très-honnête, ça, c'est très-joli de sa part! Il faudra lui faire un cadeau.

—Il n'y a qu'un cadeau à lui faire: c'est la main de Rose, puisqu'elle lui a déjà fait le cadeau de son coeur.

—Mais je ne donnerai pas de dot! s'écria Bricolin.

—Ça va sans dire, qui est-ce qui t'en parle?