—Mais pourquoi ne pas garder ces mille écus pour les présents de noces de... de ta femme?

—Ça sentirait l'argent volé; et quand même ça ne serait que le produit de l'aumône, vous, qui êtes si fier, voudriez-vous que Rose eût sur le corps des robes payées avec tous les gros sous du pays, donnés en charité à un mendiant?

—On n'aurait pas été obligé de dire d'où ça provenait!... Ah ça, à quand la noce, Grand-Louis?

—Demain, si vous voulez.

—Publions les bans demain, et remets-moi l'argent aujourd'hui, j'en ai besoin.

—Non pas! non pas! s'écria la vieille fermière. Tu l'auras le jour de la noce. Donnant, donnant, mon garçon!

La vue de l'or avait ranimé M. Bricolin. Il se mit à table, trinqua avec le meunier, embrassa sa fille, et remonta sur son bidet, entre deux vins, pour aller mettre ses maçons à l'ouvrage.

—Comme ça, se disait-il en souriant, j'ai toujours Blanchemont pour deux cent cinquante mille francs, et même pour deux cent mille francs, puisque je ne dote pas ma dernière fille!

—Et nous aussi, Lémor, nous allons faire bâtir, dit Marcelle à son amant lorsque Bricolin fut parti. Nous sommes riches; nous avons de quoi élever une jolie maisonnette rustique, où notre enfant aura une bonne éducation; car tu seras son précepteur, et le meunier lui apprendra son état. Pourquoi ne serait-on pas à la fois un ouvrier laborieux et un homme instruit?

—Et je compte bien commencer par moi-même, dit Lémor. Je ne suis qu'un ignorant; je m'instruirai le soir à la veillée. Je suis garçon de moulin; l'état me plaît et je le garde pour la journée. Quelle belle santé cette vie va faire à notre Edouard!