Et, tirant un fauteuil, Bricolin s'y installa et commença ainsi:

—D'abord, permettez-moi de vous demander si vous avez par devers vous une autre fortune que la terre de Blanchemont? je ne crois pas, si je suis bien informé.

—Je n'ai à moi rien autre chose, répondit Marcelle avec tranquillité.

—Et pensez-vous que votre fils ait à hériter d'une grosse fortune du chef de son père?

—Je n'en sais rien. Si les propriétés de M. de Blanchemont sont aussi grevées que la mienne....

—Ah! vous n'en savez rien? Vous ne vous occupez donc pas de vos affaires? c'est drôle! Mais tous les nobles sont comme cela. Moi, je suis obligé de connaître votre position. C'est mon métier et mon intérêt. Or donc, voyant que feu M. le baron allait grand train, et ne prévoyant pas qu'il mourrait si jeune, j'ai dû m'assurer des brèches qu'il pouvait avoir faites à sa fortune, afin d'être en garde contre des emprunts qui auraient pu excéder un jour la valeur des terres d'ici, et me laisser sans garantie. J'ai donc fait courir et fureter les gens du métier, et je sais, à un sou près, ce qui reste, au jour d'aujourd'hui, à votre petit bonhomme.

—Faites-moi donc le plaisir de me l'apprendre, monsieur Bricolin.

—C'est facile, et vous pourrez le vérifier. Si je me trompe de dix mille francs, c'est tout le bout du monde. Votre mari avait environ un million de fortune, il reste cela au soleil, sauf qu'il y a neuf cent quatre-vingt ou quatre-vingt-dix mille francs de dettes à payer.

—Ainsi, mon fils n'a plus rien? dit Marcelle troublée de cette révélation nouvelle.

—Comme vous dites. Avec ce que vous avez il aura encore trois cent mille francs un jour. C'est encore joli si vous voulez rassembler et liquider cela. En terres, ça représente six ou sept mille livres de rente. Si vous voulez le manger, c'est encore plus joli.