—Ainsi, se dit-elle, tout va être rompu entre moi et le passé. Richesse et noblesse s'éteignent de compagnie, au jour d'aujourd'hui, comme dit ce Bricolin. O mon Dieu! que vous êtes bon d'avoir fait l'amour de tous les temps et immortel comme vous-même!

Suzette entra, apportant le nécessaire de voyage que sa maîtresse avait demandé pour écrire. Mais, en l'ouvrant, Marcelle jeta par hasard les yeux sur sa soubrette, et lui trouva une si étrange expression en contemplant les murailles nues du vieux castel, qu'elle ne put s'empêcher de rire. La figure de Suzette se rembrunit davantage, et sa voix prit un diapason de révolte bien marqué.—Ainsi, dit-elle, Madame est résolue à coucher ici?

—Vous le voyez bien, répondit Marcelle, et vous avez là un cabinet pour vous, avec une vue magnifique et beaucoup d'air.

—Je suis fort obligée à madame, mais madame peut être assurée que je n'y coucherai pas. J'y ai peur en plein jour; que serait-ce la nuit? on dit qu'il y revient, et je n'ai pas de peine à le croire.

—Vous êtes folle, Suzette. Je vous défendrai contre les revenants.

—Madame aura la bonté de faire coucher ici quelque servante de la ferme, car j'aimerais mieux m'en aller tout de suite à pied de cet affreux pays....

—Vous le prenez tragiquement, Suzette. Je ne veux vous contraindre en rien, vous coucherez où vous voudrez; cependant je vous ferai observer que si vous preniez l'habitude de me refuser vos services, je me verrais dans la nécessité de me séparer de vous.

—Si Madame compte rester longtemps dans ce pays-ci, et habiter cette masure....

—Je suis forcée d'y rester un mois, et peut-être davantage; qu'en voulez-vous conclure?

—Que je demanderai à madame de vouloir bien me renvoyer a Paris ou dans quelque autre terre de madame, car je fais serment que je mourrais ici au bout de trois jours.