—Cela peut arriver cependant, si la religion que nous avons redevient fanatique et persécutante comme elle l'a été si fort et si souvent.

—Elle ne vaut donc rien? laissez-la tomber. Je m'en passe bien, moi?

—Mais puisqu'il nous en faut une absolument, à nous autres, c'est donc une autre qu'il faudrait avoir?

—Une autre! une autre! diable! comme tu y vas! Fais-en donc une, toi!

J'en voudrais avoir une qui empêchât les hommes de se haïr, de se craindre et de se nuire.

—Ça serait neuf, en effet! J'en voudrais bien une comme ça qui empêcherait mes métayers de me voler mon blé la nuit, et mes journaliers de mettre trois heures par jour à manger leur soupe.

—Cela serait, si vous aviez une religion qui vous commandât de les rendre aussi heureux que vous-même.

—Grand-Louis, vous avez la vraie religion dans le coeur, dit Marcelle.

—C'est vrai, cela! dit Rose avec effusion.

M. Bricolin n'osa répliquer. Il tenait beaucoup à gagner la confiance de madame de Blanchemont et à ne pas lui donner mauvaise opinion de lui. Grand-Louis, qui vit le mouvement de Rose, regarda Marcelle avec un oeil plein de feu qui semblait lui dire: Je vous remercie.