—Minute! dit le meunier en s'arrêtant sur le sable après avoir traversé le ruisseau. Nous voici plus à l'aise pour causer. D'abord et avant tout, faites-moi l'amitié, mon cher monsieur, de me dire où vous allez.
—Je n'en sais trop rien, dit Lémor en riant. Je crois que je vais au hasard devant moi. Ne fait-il pas beau pour se promener?
—Pas si beau que vous croyez, mon maître, et vous pourriez vous en retourner par un mauvais temps, si tel était mon bon plaisir. Vous avez voulu venir sur ma charrette; c'est mon fort détaché, à moi, et on n'en descend pas toujours comme on y monte.
—Trêve de bons mots, Grand-Louis, répondit Lémor, et fouettez votre cheval. Je ne puis rire, je suis trop ému...
—Vous avez peur, enfin, convenez-en.
—Oui, j'ai grand'peur comme le meunier de votre chanson, et vous le comprendrez quand je vous aurai parlé...si je puis parler...je n'ai guère ma tête à moi.
—Enfin, où allez-vous? dit le meunier qui commençait à craindre d'avoir mal jugé Lémor, et qui, reprenant sa raison un peu ébranlée par la colère, se demandait si un coupable viendrait ainsi se remettre entre ses mains.
—Où allez vous vous-même? dit Lémor. À Angibault? bien près de Blanchemont!... et moi, je vais de ce côté-là, sans savoir si j'oserai aller jusque-là. Mais vous avez entendu parler de l'aimant qui attire le fer.
—Je ne sais pas si vous êtes de fer, reprit le meunier, mais je sais qu'il y a aussi pour moi une fameuse pierre d'aimant de ce côté-là. Allons, mon garçon, vous voudriez donc...
—Je ne veux rien, je n'ose rien vouloir! et cependant elle est ruinée, tout à fait ruinée! Pourquoi m'en irais-je?