—Il n'a pas été gagné par le travail du pauvre; c'est de l'argent volé.

—Comment ça?

—C'est l'héritage des rapines féodales de ses pères. C'est le sang et la sueur du peuple qui ont cimenté leurs châteaux et engraissé leurs terres.

—C'est vrai cela! mais l'argent ne conserve pas cette espèce de rouille. Il a le don de s'épurer ou de se salir, suivant la main qui le touche.

—Non! dit Lémor avec feu. Il y a de l'argent souillé et qui souille la main qui le reçoit!

—C'est une métaphore! dit tranquillement le meunier. C'est toujours l'argent du pauvre, puisqu'il lui a été extorqué par le pillage, la violence et la tyrannie. Faudra-t-il que le pauvre s'abstienne de le reprendre, parce que la main des brigands l'a longtemps manié! Allons! nous coucher, mon cher, vous déraisonnez; vous n'irez pas à Blanchemont. Moins que jamais j'en suis d'avis, puisque vous n'avez que des sottises à dire à ma chère dame; mais, par la cordieu! vous ne me quitterez pas que vous n'ayez renoncé à vos... attendez que je trouve le mot... à vos utopies! Est-ce cela?

—Peut-être! dit Lémor tout pensif, et entraîné par son amour à subir l'ascendant de son nouvel ami.

TROISIÈME JOURNÉE.

XIX.

PORTRAIT.