—Pourquoi non? c'est une jouissance comme une autre. Heureux ceux qui en ont beaucoup!

—Mais il en est de plus nobles et de moins dispendieuses, reprit Émile; tant de gens manquent du nécessaire que j'aurais honte de me faire un besoin du superflu.

—Vous avez raison, dit M. de Boisguilbault, avec son soupir accoutumé. Eh bien, je dirai à Martin de vous servir plus simplement une autre fois. Il a jugé qu'à votre âge on avait grand appétit; mais il me semble que vous mangez comme quelqu'un qui a fini de grandir. Quel âge avez-vous?

—Vingt et un ans.

—Je vous aurais cru moins jeune.

—D'après ma figure?

—Non, d'après vos idées.

—Je voudrais que mon père entendît votre opinion, monsieur le marquis, et qu'il voulût bien s'en pénétrer, répondit Émile en souriant; car il me traite toujours comme un enfant.

—Quel homme est-ce que votre père? dit M. de Boisguilbault avec une ingénuité de préoccupation qui ôtait à cette question ce qu'elle eût pu avoir d'impertinent au premier abord.

—Mon père, répondit Émile, est pour moi un ami dont je désire l'estime et dont je redoute le blâme. C'est ce que je puis dire de mieux pour vous peindre un caractère énergique, sévère et juste.