—C'est bien, monsieur Émile, répondit le charpentier, vous aimez votre père, c'est bien. Moi aussi, je respectais le mien! Mais voyons, monsieur Cardonnet, à quelles conditions ferez-vous tout ça pour moi?

—Tu travailleras à mes charpentes, répondit l'industriel. Tu en auras la direction.

—Travailler pour votre établissement, qui sera la ruine de tant de gens!

—Non, mais qui fera la fortune de tous mes ouvriers et la tienne.

—Allons, dit Jean ébranlé: si ce n'est pas moi qui fais vos charpentes, d'autres les feront, et je ne pourrai rien empêcher. Je travaillerai donc pour vous, jusqu'à concurrence de mille francs. Mais qui me nourrira pendant que je vous paierai ma dette au jour le jour?

—Moi, puisque j'augmenterai d'un tiers le produit de ta journée.

—Un tiers, c'est peu, car il faudra que je m'habille. Je suis tout nu.

—Eh bien! je double; ta journée est de trente sous au prix courant du pays, je te la paie trois francs; tous les jours tu en recevras la moitié, l'autre moitié étant consacrée à t'acquitter envers moi.

—Soit; ce sera long, j'en aurai au moins pour quatre ans.

—Tu te trompes, pour deux ans juste. J'espère bien que dans deux ans je n'aurai plus rien à bâtir.