VII.

L'ARRESTATION.

«Toi? toi! Caillaud! dit le charpentier stupéfait, avec le même accent que dut avoir César en se sentant frappé par Brutus.

—Oui, moi-même, garde champêtre. Au nom de la loi! cria Caillaud de toutes ses forces pour être entendu aux environs, s'il se trouvait là quelque témoin; et il ajouta tout bas:—Échappez-vous, père Jean. Allons, repoussez-moi, et jouez des jambes.

—Que je fasse de la résistance pour mieux embrouiller mes affaires? Non, Caillaud, ça serait pire pour moi. Mais comment as-tu pu te décider à faire l'office de gendarme, pour arrêter l'ami de ta famille, ton parrain, malheureux?

—Aussi, je ne vous arrête pas, mon parrain, dit Caillaud à voix basse … Allons, suivez-moi, ou j'appelle main-forte! cria-t-il de tous ses poumons … Allons donc! reprit-il à la sourdine, filez, père Jean; faites mine de me donner un renfoncement, je vas me laisser tomber par terre.

—Non, mon pauvre Caillaud, ça te ferait perdre ton emploi, ou tout au moins tu passerais pour un capon et une poule mouillée. Puisque tu as eu le cœur d'accepter ta commission, il faut aller jusqu'au bout. Je vois bien qu'on t'a menacé, qu'on t'a forcé la main; ça m'étonne bien que M. Jarige ait pu se décider à me faire ce tort-là.

—Mais ça n'est plus M. Jarige qui est maire; c'est M. Cardonnet.

—Alors, j'entends, et ça me donne envie de te battre pour t'apprendre à n'avoir pas donné ta démission tout de suite.

—Vous avez raison, père Jean, dit Caillaud navré, je m'en vais la donner; c'est le mieux. Allez vous-en!