—Peu graves, dit M. Antoine.

—Dieu merci! reprit Janille. Voudriez-vous pas être écloppé et marcher sur des béquilles? Vous avez cueilli le laurier, et vous êtes revenu couvert de gloire, sans trop de contusions.

—Non, non, Janille, fort peu de gloire, je t'assure. Je fis de mon mieux; mais quoi que tu en dises, j'étais né quelques années trop tard; mes parents avaient trop longtemps combattu mon désir de servir mon pays sous l'usurpateur, comme ils l'appelaient. J'étais à peine lancé dans la carrière, qu'il me fallut revenir au logis, traînant l'aile et tirant le pied, tout consterné et désespéré du désastre de Waterloo.

—Monsieur, je conviens que la chute de l'Empereur ne vous fut pas avantageuse, et que vous eûtes la bonté de vous en chagriner, bien que cet homme-là ne se fût pas fort bien conduit avec vous. Avec le nom que vous portiez, il aurait dû vous faire général tout de suite, au lieu qu'il ne fit aucune attention à votre personne.

—Je présume, dit M. de Châteaubrun en riant, qu'il était distrait de ce devoir par des affaires plus sérieuses et plus nécessaires. Enfin, tu conviens, Janille, que ma carrière militaire fut brisée, et que, grâce à ma belle éducation, je n'étais pas très-propre à m'en créer une autre?

—Vous auriez fort bien pu servir les Bourbons, mais vous ne le voulûtes point.

—J'avais les idées de mon temps. Peut-être les aurais-je encore, si c'était à refaire.

—Eh bien, Monsieur, qui pourrait vous en blâmer? Ce fut très-honorable, à ce qu'on disait alors dans le pays, et vos parents ont été les seuls à vous condamner.

—Mes parents furent orgueilleux et durs dans leurs opinions légitimistes. Tu ne saurais nier qu'ils m'abandonnèrent au désastre qui me menaçait, et qu'ils se soucièrent fort peu de la perte de ma fortune.

—Vous fûtes encore plus fier qu'eux, vous ne voulûtes jamais les implorer.