«Pourquoi restes-tu là?» lui dit-il en lui frappant sur l'épaule.

Jean tressaillit, et, sortant comme d'un rêve:

«Ah! ah! que me voulez-vous donc? dit-il d'un ton brusque et courroucé. Venez-vous encore pour me battre? Tenez, voilà le reste de votre canne! je comptais vous le reporter demain matin pour vous faire souvenir de ce qui vous est arrivé ce soir.

—J'ai eu tort, dit M. de Boisguilbault en balbutiant.

—C'est bientôt dit, j'ai eu tort, reprit le charpentier; avec ça, quand on est riche, vieux et marquis, on croit tout réparé.

—Et quelle réparation exiges-tu de moi?

—Vous savez bien que je n'en peux demander aucune. D'une chiquenaude, je vous casserais en deux, et, en outre, je suis votre obligé. Mais je vous en voudrai toute ma vie pour m'avoir rendu la reconnaissance humiliante et lourde à porter. Je n'aurais pas cru que ça dût jamais m'arriver, car je n'ai pas le cœur plus mal fait qu'un autre, et je m'étais soumis au chagrin de ne pouvoir pas vous remercier. A présent, tenez, j'aime mieux aller en prison, ou recommencer à vagabonder que d'emporter un coup de canne. Allez-vous-en, laissez-moi tranquille. J'étais en train de me raisonner, et voilà que vous me remettez en colère. J'ai besoin de me dire que vous êtes un peu fou, pour ne pas vous en dire davantage.

—Eh bien, c'est vrai, Jean, je suis un peu fou, répondit tristement le marquis, et ce n'est pas la première fois qu'il m'arrive de perdre l'empire de ma raison pour des misères. C'est à cause de cela que je vis seul, que je ne sors pas, et que je me montre le moins possible. Ne suis-je pas assez puni?»

Jean ne répliqua pas; ce triste aveu faisait succéder la pitié à la colère.

«Maintenant, dites-moi ce que je puis faire pour réparer mon tort, reprit
M. de Boisguilbault d'une voix tremblante.