Michel crut que son oncle avait été un peu trop loin, car le Piccinino se recoucha avec un mouvement de dépit concentré, s'étendit sur le dos, envoya au plafond plusieurs bouffées de cigare, et laissa malicieusement au bon père l'embarras de renouer la conversation.
Mais Fra-Angelo savait bien que l'idée des ducats avait remué l'esprit positif du jeune bandit, et il reprit sans la moindre hésitation:
«Mon fils, je te donne une demi-heure, s'il te la faut absolument; une demi-heure, c'est beaucoup pour le sang qui coule dans tes veines! après quoi nous partirons tous les trois.
—Qu'est-ce que c'est donc que ce garçon-là? dit le Piccinino en désignant Michel du bout du doigt, sans déranger ses yeux et son visage tournés vers la muraille.
—C'est mon neveu; je te l'ai dit: et le neveu de Fra-Angelo est bon pour agir. Mais il ne connaît pas le pays et n'a pas les relations nécessaires pour une affaire du genre de celle-ci.
—Craint-il de se compromettre, le signorino?
—Non, Monsieur!» s'écria Michel impatienté et incapable de supporter plus longtemps l'insolence du bandit et la contrainte que lui imposait son oncle. Le bandit se retourna, le regarda en face avec ses longs yeux un peu relevés vers les tempes, et dont l'expression railleuse était parfois insupportable. Cependant, en voyant la figure animée et les lèvres pâles de Michel, il passa à une expression plus bienveillante, quoiqu'un peu suspecte, et, lui tendant la main:
Michel observa que cette situation favorisait... ([Page 62.])
«Soyons amis, lui dit-il; en attendant que nous n'ayons plus d'ennemis sur les bras; c'est ce que nous avons de mieux à faire.»