—Cela ne fait rien à l'affaire. Mais, comprends-tu maintenant pourquoi il est nécessaire que l'abbé Ninfo disparaisse pendant les derniers moments du cardinal?
—Pour qu'il ne s'empare point des papiers, vous l'avez dit. Il peut frustrer la princesse Agathe de titres importants, soustraire un testament. L'affaire est grave pour elle. Elle est fort riche, cette dame? Grâce aux bons sentiments de son père et de son oncle, le gouvernement lui a laissé tous ses biens et ne l'écrase pas de contributions forcées.
—Elle est fort riche, donc c'est pour toi une grande affaire, car la princesse est aussi généreuse qu'opulente.
—J'entends. Et puis, c'est une très-belle femme!»
L'insistance de cette réflexion fit passer un frisson de colère dans les veines de Michel; l'impertinence du bandit lui paraissait intolérable; mais Fra-Angelo ne s'en inquiéta point. Il croyait savoir que c'était, chez le Piccinino, une manière de voiler sa cupidité sous un air de galanterie.
«Ainsi, reprit le bandit, c'est pour votre frère et votre neveu que je dois agir incidemment, tandis qu'en réalité j'ai à sauver la fortune à venir de madame de Palmarosa en m'emparant de la personne suspecte de l'abbé Ninfo? C'est bien cela?
—C'est bien cela, dit le moine. La signora doit veiller à ses intérêts et moi à ma famille. Voilà pourquoi je lui ai conseillé de te demander ton aide, et pourquoi j'ai voulu être porteur de sa requête.»
Le Piccinino parut rêver un instant; puis, tout à coup, se renversant sur ses coussins: «L'excellente histoire! dit-il d'une voix entrecoupée par de grands éclats de rire. C'est une des meilleures aventures où je me sois trouvé.»
XXV.
LA CROIX DU DESTATORE.