«Je voudrais bien savoir, se disait Michel en regardant passer le cortége, si mon instinct ne m'a pas trompé et si c'est là l'ennemi de ma famille.»
Il allait se retirer, lorsqu'il remarqua que l'abbé Ninfo n'avait pas suivi le cardinal, et qu'il attendait, pour refermer la grille et remettre la clef dans sa poche, que le dernier mulet eût passé. Ce soin étrange, de la part d'un homme attaché de si près à la personne du cardinal, avait lieu de le frapper, et le regard oblique et attentif que ce personnage déplaisant jetait sur lui à la dérobée le frappait encore plus.
«Il est évident qu'on m'observe déjà dans ce pays de malheur, pensa-t-il; et que mon père n'avait pas rêvé les inimitiés contre lesquelles il me mettait en garde.»
L'abbé lui fit signe à travers la grille, au moment où il retirait la clef. Michel, convaincu qu'il fallait jouer son rôle avec plus de soin que jamais, approcha d'un air humble:
—Tenez, mon garçon, lui dit l'abbé en lui présentant un tharin, voilà pour vous rafraîchir au premier cabaret, car vous me paraissez bien fatigué.
Michel s'abstint de tressaillir. Il accepta l'outrage, tendit la main et remercia humblement; puis il se hasarda à dire:
—Ce qui m'afflige, c'est que Son Éminence n'ait pas daigné m'octroyer sa bénédiction.»
Cette platitude bien jouée effaça les méfiances de l'abbé.
«Console-toi, mon enfant, répondit-il d'un ton dégagé: la divine Providence a voulu éprouver notre saint cardinal en lui retirant l'usage de ses membres. La paralysie ne lui permet plus de bénir les fidèles qu'avec l'esprit et le cœur.