—Parce que?...
—Parce que vous étiez amoureux, et que cela vous rendait si triste, que vous viviez presque toujours seul, plongé dans vos réflexions.»
Magnani tressaillit.
«C'est Michel qui vous a confié cela? dit-il d'une voix altérée qui fit saigner le cœur de Mila. Et sans doute, ajouta-t-il, il a trahi ma confiance jusqu'au bout; il vous a dit le nom...
—Oh! Michel est incapable de trahir la confiance de personne, répondit-elle, soutenant son courage à la hauteur de la crise qu'elle provoquait; et moi, Magnani, je suis incapable d'exciter mon frère à une si mauvaise action. D'ailleurs, en quoi-cela eût-il pu m'intéresser, je vous le demande?
—Il est certain que cela ne peut que vous être fort indifférent, répondit Magnani abattu.
—Indifférent n'est pas le mot, reprit-elle; j'ai pour vous beaucoup d'estime et d'amitié, Magnani, et je fais des vœux pour votre bonheur. Mais moi, je suis occupée du mien aussi, ce qui ne me permet pas trop d'être oisive et curieuse des secrets d'autrui.
—Votre bonheur! A votre âge, Mila, le bonheur, c'est l'amour; vous aimez donc aussi?
—Aussi? et pourquoi pas? Me trouvez-vous trop jeune pour songer à cela?
—Ah! chère enfant, c'est à ton âge qu'il y faut songer, car au mien, l'amour, c'est le désespoir.