BIANCA.

—Tenez, Michel, poursuivit M. de la Serra en prenant la main de Pier-Angelo dans sa main droite et celle de Fra-Angelo dans sa main gauche: tous les hommes sont nobles! Et je parierais ma tête que la famille Lavoratori vaut celle de Castro-Reale. Si l'on juge des morts d'après les vivants, voici, certes, deux hommes qui ont dû avoir pour ancêtres des gens de bien, des hommes de tête et de cœur, tandis que le Destatore, mélange de grandes qualités et de défauts déplorables, tour à tour prince et bandit, dévot repentant et suicidé désespéré, a, certes, donné bien des démentis formels à la noblesse des fiers personnages dont l'effigie nous entoure. Si vous êtes riche un jour, Michel, vous commencerez une galerie de famille sans vous en apercevoir, car vous peindrez ces deux belles têtes de votre père et de votre oncle, et vous ne les vendrez jamais.

—Et celle de sa sœur! s'écria Pier-Angelo, il ne l'oubliera pas non plus, car elle servira de preuve, un jour, que notre génération n'était pas désagréable à voir.

—Eh bien, ne trouvez-vous pas, reprit le marquis en s'adressant toujours à Michel, qu'il y a pour vous une chose, bien regrettable? C'est que vous n'ayez pas le portrait et que vous ne sachiez pas l'histoire du père de votre père et de votre oncle?

—C'était un brave homme! s'écria Pier-Angelo; il avait servi comme soldat, il fut ensuite bon ouvrier, et je l'ai connu bon père.

—Et son frère était moine comme moi, dit Fra-Angelo. Il fut pieux et sage; son souvenir m'a beaucoup influencé quand j'hésitais à prendre le froc.

—Voyez l'influence des souvenirs de famille! dit le marquis. Mais votre grand-père et votre grand-oncle, mes amis, qu'étaient-ils?

—Quant à mon grand-oncle, répondit Pier-Angelo, je ne sais s'il a jamais existé. Mais mon grand-père était paysan.

—Comment vécut-il?

—On me l'a dit dans mon enfance probablement, mais je ne m'en souviens pas.