—Posséder ce dont on n'a que faire me semble un grand embarras, dit-elle; et, à moins que ce ne soit un dépôt, je ne comprends pas qu'on surcharge sa vie de ces niaiseries.

—Voici pourtant une belle bague! dit le Piccinino en lui baisant la main.

—Oh! monseigneur, dit la jeune fille en retirant sa main d'un air fâché, êtes-vous digne de baiser cette bague?... Pardon, si je vous parle ainsi, mais c'est qu'elle n'est pas à moi, voyez-vous, et que je dois la rendre ce soir à la princesse Agathe, qui m'avait chargée de la reprendre chez le bijoutier.

—Je parie, dit le Piccinino en examinant toujours Mila avec défiance et suspicion, que la princesse Agathe vous comble de présents et que c'est à cause de cela que vous dédaignez les miens!

—Je ne dédaigne rien ni personne, répondit Mila; et quand la princesse Agathe jette une aiguille à tapisserie ou un bout de soie, je les ramasse et les garde comme des reliques. Mais si elle voulait me combler de riches présents, je la prierais de les garder pour ceux qui en ont besoin. Je dois pourtant dire la vérité: elle m'a donné un beau médaillon où j'ai mis des cheveux de mon frère. Mais je le cache, car je n'aimerais pas à me parer autrement que ma condition ne le comporte.

—Dites-moi, Mila, reprit le Piccinino après un instant de silence, vous n'avez donc plus peur?

—Non, seigneur, répondit-elle avec assurance; depuis que je vous ai aperçu dans le chemin, auprès de cette maison, la peur m'a quittée. Jusque-là, je vous avoue que je tremblais fort, que je ne sais pas trop comment j'ai fait la route, et que derrière chaque buisson je croyais voir la tête de cet affreux abbé. Quand j'ai vu que la bonne Bianca me conduisait si loin, quand j'ai enfin aperçu cette tour et ces arbres: Mon Dieu! me disais-je, si mon protecteur n'avait pu s'y rendre! si ce méchant abbé, qui est capable de tout, l'avait fait prendre par les campieri, ou assassiner en chemin, que deviendrais-je? Alors j'étais épouvantée, non pas seulement à cause de moi, mais parce que je vous regarde comme notre ange gardien, et qu'il me semble que votre vie est bien plus précieuse que la mienne.»

Le Piccinino, qui s'était senti très-froid, et quasi mécontent de Mila depuis son arrivée, éprouva une légère émotion et s'assit à ses côtés sur la peau de tigre.

XXXVIII.

COUP DE MAIN.