—Pier-Angelo, mon ami, dit l'autre, vous vous moquez de nous! C'est trop fort. Vous vous conduisez comme un vieux enfant gâté que vous êtes; mais nous finirons par nous fâcher. Ce n'est point le moment de rire et de chanter vos vers bachiques.»

Pier-Angelo ne daigna pas répondre; il se contenta de lever l'épaule, tout en parlant avec son fils, placé encore plus haut que lui, et activement occupé à mettre des tons à la robe d'une danseuse d'Herculanum, nageant dans un ciel de toile bleue.

—C'est bien assez de figures, c'est bien assez de teintes et de plis! s'écria encore l'intendant hors de lui. Qui diable ira regarder là haut, s'il manque quelque chose à vos divinités perdues dans la voûte céleste? L'ensemble y est, c'est tout ce qu'il faut. Allons, descendez, vieux sournois, ou je secoue l'échelle où vous perchez.

—Si vous touchez à l'échelle de mon père, dit le jeune Michel d'une voix retentissante, je vous écrase avec ce lustre. Pas de plaisanteries de ce genre, monsieur Barbagallo, ou vous vous en repentirez.

—Laisse-le donc dire, et continue ton ouvrage, dit alors, d'un ton calme, le vieux Pierre. La dispute prend du temps, ne t'amuse pas à de vaines paroles.

—Descendez, mon père, descendez, reprit le jeune homme. Je crains que, dans cette confusion, on ne vous fasse tomber; moi, j'ai fini dans un instant. Descendez, je vous en prie, si vous voulez que je garde ma présence d'esprit.»

Pier-Angelo descendit lentement, non pas qu'il eût perdu, à soixante ans, la force et l'agilité de la jeunesse, mais afin de faire paraître moins long le temps que son fils voulait encore donner à son œuvre.

—Quelle niaiserie, quelle puérilité, disait le majordome, en s'adressant au vieux peintre; pour des toiles volantes qui seront demain roulées dans un grenier et qu'il faudra couvrir d'autres sujets à la première fête, vous vous appliquez comme s'il s'agissait de les envoyer dans un musée! Qui vous en saura gré? Qui y fera la moindre attention?

—Pas vous, on le sait de reste, répondit le jeune peintre, d'un ton méprisant, du haut de son échelle.

—Tais-toi, Michel, et va ton train, lui dit son père. Chacun met son amour-propre où il peut se prendre, ajouta-t-il en regardant l'intendant. Il y en a qui mettent le leur à se faire honneur de toutes nos peines! Allons! les tapissiers peuvent commencer. Donnez-moi un marteau et des clous, vous autres! puisque je vous ai retardés, il est juste que je vous aide.