—Est-ce que vous ne l'entendez pas chanter?
—Le gros matou de notre voisin Magnani a peut-être croqué ta tourterelle?
—Je voudrais bien qu'il en eût la pensée! Je vous dis que je ne m'occupe ni de M. Magnani, ni de son chat.»
Le ton dont elle prononça le nom de Magnani fit ouvrir l'oreille à Michel, et, en regardant le visage de sa petite sœur, il vit qu'elle avait les yeux attachés, non sur son ouvrage, quoiqu'elle eût la tête baissée, mais sur une galerie de bois où Magnani travaillait ordinairement, en face de la chambre de Mila. En ce moment, Magnani traversait la galerie. Il ne regardait pas la fenêtre de Mila, et Mila ne regardait pas son ouvrage.
«Mila, mon cher ange, lui dit Michel en prenant ses deux mains et en les baisant, vous voyez bien ce jeune homme qui passe d'un air distrait?
—Eh bien, répondit Mila, pâlissant et rougissant tour à tour, qu'est-ce que cela me fait?
—C'est pour vous dire, mon enfant, que si jamais votre cœur avait besoin d'aimer, ce n'est pas à ce jeune homme-là qu'il faudrait songer.
—Quelle folie! dit la petite en hochant la tête et en s'efforçant de rire. C'est bien le dernier auquel je songerais, vraiment!
—Alors, vous auriez grandement raison, reprit Michel, car le cœur de Magnani n'est pas libre, il y a longtemps qu'il aime une autre femme.
—Cela ne me regarde point et ne m'intéresse nullement, répondit Mila;» et, baissant le front sur son ouvrage, elle tourna son rouet avec rapidité. Mais Michel vit avec douleur deux grosses larmes tomber sur son écheveau de soie vierge.