—Je la vis, je la reconnus fort bien; c'est elle, je n'en puis douter; mais elle me regardait d'un air si étonné, elle affectait si admirablement de ne m'avoir jamais vu, que je me troublai, et la crainte de parler sottement m'empêcha de parler...»
Tout à coup Dortan fit un cri, se leva et se rassit précipitamment, et, saisissant le bras de Julien, dit d'une voix étouffée:
«La voilà, c'est elle! oui, c'est elle!...
—Où donc? s'écria Saint-Julien, ému lui-même, et cherchant des yeux avec anxiété.
—Quoi! vous ne la voyez pas? dit Dortan baissant la voix de plus en plus. Ici, tout près de nous, cette belle reine en robe de satin de Perse!
—Qui? celle dont un freluquet ramasse l'éventail?
—Eh! sans doute.
—C'est là votre dame du bal masqué, votre conquête d'une nuit, votre princesse Quintilia?
—Oui, sur mon honneur!
—Eh! mon cher, dit Saint-Julien en se levant pour s'en aller, vous vous êtes un peu trompé: c'est la Gina, la Ginetta, la suivante, la confidente, la camériste, comme vous voudrez...