Un feu d'artifice fut tiré sur l'eau, et un grand souper, qui sembla improvisé, mais que Galeotto et Ginetta tenaient prêt depuis longtemps, prolongea la fête assez avant dans la nuit. Saint-Julien suivit d'abord machinalement Quintilia; il était encore sous l'impression délirante de ce baiser: il ne songea qu'à la trouver belle dans sa nouvelle parure, gracieuse et spirituelle avec ceux qui venaient la complimenter. Mais peu à peu cet entourage de courtisans qu'il avait perdu l'habitude de voir se placer entre elle et lui, ce bruit qui ne lui permettait plus d'être seul entendu, ce mouvement qui semblait enivrer Quintilia, lui devinrent odieux. Il fut souvent tenté de quitter cette cohue et d'aller s'enfermer dans sa chambre. Un sentiment de jalousie inquiète et chagrine le retint auprès de la princesse.

Que suis-je donc? s'écria Julien...

VII.

«Mon ami, lui dit Galeotto le lendemain matin, vous avez été souverainement ridicule hier soir.

—Et pourquoi donc?

—Triste, pâle, et l'air consterné! Prenez garde à vous. La princesse est en humeur de se divertir: si vous ne vous amusez pas, vous êtes perdu.

—Perdu! dit Saint-Julien. Comment et pourquoi?

—Pourquoi?..... parce que vous l'ennuierez, mon ami. Comment? parce qu'elle oubliera jusqu'à votre nom.

—Où sommes-nous, mon Dieu? dit Julien en passant sa main sur ses yeux, dans un sentiment d'invincible tristesse. Est-ce un rêve que je fais? Tout est-il donc si changé depuis douze heures!