—Tout cela vous semble facile, Spark. J'ai l'âme dévorée de colère et de jalousie.
—Vous avez tort.
—Mais enfin, ce que je vous ai raconté vous prouve bien que cette femme...
—Ce que vous avez raconté ne me prouve rien, sinon que vous avez contracté dans vos chagrins l'habitude d'une malveillance fâcheuse. Otez, ôtez cela de votre cerveau; c'est une mauvaise herbe.
—Mais, mon ami, une femme qui fait de pareils discours sur la candeur et le sentiment, et qui a pour amant d'abord un Lucioli qu'elle traîne partout, et qui se vante partout de ses faveurs!...
—Hum! dit Spark, ce Lucioli me semble être un fat et un sot que je ne me ferais pas faute de rosser s'il tombait sous ma main et si j'étais ami de la princesse.
—S'il l'a décriée, c'est bien sa faute, à elle; pourquoi l'a-t-elle affiché comme un bouquet de noces?
—Parce qu'elle est bonne et confiante, comme elle vous l'a dit. Tout ce qu'elle vous a dit là, Saint-Julien, me paraît sincère; j'y crois. J'aime ce caractère, j'approuve ces idées. Je ne dis pas que ce soit un exemple à suivre pour les femmes qui ne veulent pas être calomniées et persécutées; mais pour un homme de cœur qui se moque de l'opinion d'autrui et qui ne s'en rapporte qu'à sa conscience, c'est une belle maîtresse à aimer toute sa vie.
—Vraiment! Spark, votre confiance me confond; je ne sais pas si j'ai envie de vous embrasser comme le meilleur des hommes ou de vous plaindre comme un fou.
—Comme vous voudrez, mon cher Julien; vous m'avez demandé ma façon de penser, je vous la dis.