—Mais, dit Trenmor, si l’on essayait le punch du docteur Magendie?

—Pourquoi pas le punch du docteur Magendie, dit le joli docteur Kreyssneifetter, si le malade n’a point de répugnance pour le punch?

—J’ai ouï dire, reprit Lélia avec un sang-froid caustique, qu’il était fort contraire. Essayons plutôt les adoucissants.

—Essayons les adoucissants, si vous croyez à la vertu des adoucissants, dit le joli docteur Kreyssneifetter.

—Mais que conseilleriez-vous selon votre conscience? dit Sténio.»

A ce mot de conscience, le docteur Kreyssneifetter jeta un regard de compassion moqueuse au jeune poëte; puis il se remit parfaitement, et dit d’un air grave:

«Ma conscience m’ordonne de ne rien ordonner du tout, et de ne me mêler en rien de cette maladie.

—C’est fort bien, docteur, dit Lélia. Alors, comme il se fait tard, bonsoir! N’interrompez pas plus longtemps votre précieux sommeil.

—Oh! ne faites pas attention, reprit-il; je suis bien ici, je me plais à suivre les progrès du mal. J’étudie, j’aime mon métier de passion, et je sacrifie volontiers mes plaisirs et mon repos; je sacrifierais ma vie, s’il le fallait, pour le bien de l’humanité.

—Quel est donc votre métier, docteur Kreyssneifetter? demanda Trenmor.