—Pauvre femme! dit Sténio vaincu par la pitié.
—Oh! ne peux-tu rester ainsi craintif et palpitant sous mes caresses? lui dit-elle en attirant encore sa tête sur ses genoux. Tiens, laisse-moi passer ma main autour de ton cou blanc et poli comme un marbre antique, laisse-moi sentir tes cheveux, si doux et si souples se rouler et s’attacher à mes doigts. Comme ta poitrine est blanche, jeune homme! Comme ton cœur y bat rude et violent! C’est bien, mon enfant; mais ce cœur renferme-t-il le germe de quelque mâle vertu? Traversera-t-il la vie sans se corrompre ou sans se sécher? Voici la lune qui monte au-dessus de toi et réfléchit son rayon dans tes yeux. Respire dans cette brise l’herbe et la prairie en fleurs. Je reconnais l’émanation de chaque plante, je les sens passer l’une après l’autre dans l’air qui les emporte. Maintenant c’est le thym sauvage de la colline; tout à l’heure c’étaient les narcisses du lac, et à présent ce sont les géraniums du jardin. Comme les Esprits de l’air doivent se réjouir à poursuivre ces parfums subtils et à s’y baigner! Tu souris, mon gracieux poëte, endors-toi ainsi.
—M’endormir! dit Sténio d’un ton de surprise et de reproche.
—Pourquoi non? N’es-tu pas calme, n’es-tu pas heureux maintenant?
—Heureux! oui; mais calme?
—Eh bien, vous n’aimez pas! reprit-elle en le repoussant.
—Lélia, vous me rendez malheureux, laissez-moi vous quitter.
—Lâche, comme vous craignez la souffrance! Allez, partez!
—Je ne peux pas, répondit-il en revenant tomber à ses genoux.
—Mon Dieu, lui dit-elle en l’embrassant, pourquoi souffrir? Vous ne savez pas combien je vous aime: je me plais à vous caresser, à vous regarder, comme si vous étiez mon enfant. Tenez, je n’ai jamais été mère, mais il me semble que j’ai pour vous le sentiment que j’aurais eu pour mon fils. Je me complais dans votre beauté avec une candeur, avec une puérilité maternelle... Et puis, après tout, quel sentiment puis-je avoir pour vous?