Quand il eut fini de parler, elle attendit encore longtemps qu’il ajoutât quelque chose; puis elle s’assit sur une roche escarpée à un des sommets de la montagne, et leva convulsivement ses grands bras roidis par le désespoir vers les impassibles étoiles.
«Vous souffrez! lui dit son ami avec tristesse; je vous ai fait du mal.
—Oui, répondit-elle en laissant retomber ses bras de marbre sur ses genoux, vous avez fait du mal à mon orgueil, et je m’écrierais volontiers avec les héros de Calderon: O mon honneur, vous êtes malade!
—Vous savez que ces maladies de l’orgueil se traitent par des moyens violents? dit Valmarina.
—Je le sais! dit-elle en étendant la main pour lui commander le silence.»
Puis elle monta sur la crête du rocher, et, debout sur ce piédestal immense, dessinant sa haute taille aux reflets de la lune, elle se prit à rire d’un rire affreux, et Valmarina lui-même eut peur d’elle.
«Pourquoi riez-vous? lui dit-il d’un ton sévère, est-ce que l’esprit du mal l’emporte? Il me semble que je viens de voir votre bon ange s’envoler au bruit de ce rire amer et discordant.
—Il n’y a pas de mauvais ange ici, dit Lélia; et, quant à mon bon ange, je me le serai à moi-même. Lélia saura sauver Lélia. Celui qui s’envole épouvanté par ce rire d’anathème et d’adieu, c’est l’esprit tentateur, c’est le fantôme qui avait revêtu une face d’ange, c’est celui que ma raillerie méprisante salue là-bas, c’est Sténio, le poëte sacré, qui soupe cette nuit chez les filles de joie.»
Valmarina, abaissant ses regards vers les lointains horizons de la vallée, aperçut les lumières pâlissantes de la ville et le palais de la courtisane Pulchérie qui flamboyait de tout l’éclat d’une orgie nocturne.
En reportant son attention sur Lélia, il la vit assise et baignée de larmes.