Lélia et Valmarina redescendirent la montagne par le versant opposé à celui qui conduisait à la ville. Lélia marchait la première, mais sans empressement et sans trouble.

«Ce n’est pas le chemin, lui dit son compagnon, en lui faisant observer qu’elle marchait vers le sud.

—C’est mon chemin, à moi, répondit-elle; car c’est le chemin qui éloigne de Sténio. Retournez à la ville, si vous voulez; quant à moi, je n’en repasserai jamais les portes.»

Valmarina la suivit par complaisance, mais avec un sourire de doute.

«Je me défie un peu de ces résolutions si soudaines et si absolues, lui dit-il; je ne crois pas aux partis extrêmes. Ils ne servent qu’à hâter les réactions.

—Toute résolution dont on diffère l’exécution est avortée, répondit Lélia. Quand il s’agit de vouloir, il faut de la réflexion; quand il faut agir, il faut de l’audace et de la promptitude.

—Où allons-nous? dit Valmarina.

—Nous fuyons le passé! répondit Lélia avec une gaieté sombre.»

Le jour se levait; ils entrèrent dans une vallée couverte de riches forêts. Les plus belles eaux serpentaient en silence à l’ombre des myrtes et des figuiers. De vastes clairières, où paissaient des troupeaux demi-sauvages, entrecoupaient de lisières d’un vert tendre ces masses d’un ton vigoureux. Ce pays était riche et désert. On n’y voyait d’habitations que des métairies éparses cachées dans le feuillage. On y pouvait donc jouir à la fois de toutes les grâces, de tous les bienfaits de la nature féconde, et de toutes les grandeurs, de toute la poésie de la nature inculte.

A mi-côte de la colline, Lélia s’arrêta saisie d’admiration.