—Eh bien! il le dira, on le croira, mais je le tuerai.
—La Zagarolo te chassera et déchirera son testament. Tous les nobles te fermeront leur porte, et la police te priera d'aller faire l'agréable sur un autre territoire.
—Eh bien! j'irai ailleurs. Le reste de la terre m'appartiendra quand je me serai délivré de cet homme.
—Oui, et de son sang sortira une jolie petite pépinière d'accusateurs. Au lieu de M. Henryet, tu auras toute la ville de Milan à ta poursuite.
—O ciel! comment faire? dit Leoni avec angoisse.
—Lui donner un rendez-vous de la part de ta femme, et lui calmer le sang avec un bon couteau de chasse. Donne-moi ce bout de papier qui est là-bas, je vais lui écrire.
Leoni, sans l'écouter, ouvrit une fenêtre et tomba dans la rêverie, tandis que le marquis écrivait. Quand il eut fini, il l'appela.
—Ecoute, Leoni, et vois si je m'entends à écrire un billet doux:
«Mon ami, je ne puis plus vous recevoir chez moi, Leoni sait tout et me menace des plus horribles traitements: emmenez-moi, ou je suis perdue. Conduisez-moi à ma mère, ou jetez-moi dans un couvent; faites de moi ce qu'il vous plaira, mais arrachez-moi à l'affreuse situation où je suis. Trouvez-vous demain devant le portail de la cathédrale à une heure du matin, nous concerterons notre départ, il me sera facile d'aller vous trouver, Leoni passe toutes les nuits chez la Zagarolo. Ne soyez pas étonné de cette écriture bizarre et presque illisible: Leoni, dans un accès de colère, m'a presque démis la main droite. Adieu.
JULIETTE RUYTER.»