Lauriane eut le cœur serré de voir la maigreur de cette misérable créature, presque nue sous la pourpre sordide de ses haillons.
Elle frémit en songeant au sort de cette enfant, exaspérée sans doute par la tyrannie et les coups d'un méchant saltimbanque, et elle s'éloigna de quelques pas, appuyée sur le bras de son bon Céladon Bois-Doré, lequel, sans le dire, se sentait presque aussi attristé qu'elle.
Mais de Beuvre avait l'écorce plus dure, et il pressa La Flèche de faire parler l'esprit malin.
—Voyons, ma belle Pilar, dit la Flèche en accompagnant chaque parole d'une mimique grosse de menaces intelligibles pour sa victime; voyons, reine des farfadets et des gnomes, il faut parler. Ramassez la pièce qui est le plus près de vous.
Pilar resta longtemps immobile, faisant mine de se rendormir; elle grelottait la fièvre.
—Allons, allons, gibier de potence, étoupe de bûcher! reprit La Flèche, ramassez cette pièce d'or, et je vous dirai où est Mario, votre bien-aimé.
—Hein! fit le marquis en se retournant, que dit-il de Mario?
—Qu'est-ce que Mario? lui demanda Lauriane.
—Silence! cria de Beuvre; le diable parle, et c'est de vous qu'il s'agit, mon voisin!
L'enfant parla ainsi en français avec un accent prononcé et une voix criarde: