—Assez! assez! dit Bois-Doré, qui ne comprenait presque pas l'espagnol, mais qui vit d'Alvimar pâle et prêt à défaillir; cette enfant est possédée d'un mauvais diable, et c'est peut-être péché que de l'écouter.
—Oui, sans doute, monsieur, répondit d'Alvimar, elle est possédée du diable, et ses menaces sont vaines et méprisables, car l'enfer ne peut rien sans la volonté de Dieu; mais, si j'étais ici châtelain et justicier, je ferais enfermer ce bandit et cette vermine, et je les livrerais...
—La la! dit M. de Beuvre, il n'y a point tant à se fâcher! Je ne sais ce qui vous a été dit, mais je m'étonne que vous ayez fini d'en rire. Pourtant j'avoue que les transports de cette guenuche enragée sont une laide comédie, et je vois que ma fille en est troublée. Allons, drôle, dit-il à La Flèche, c'est assez. Gardez pour vous les gages si chacun y consent, et allez vous faire pendre ailleurs.
La Flèche n'avait pas attendu cette permission pour plier bagage. Il était fort pressé de se soustraire aux intentions bienveillantes de l'Espagnol à son égard.
La petite Pilar n'en fut pas émue. Tout au contraire, elle ramassa les pièces d'or et d'argent qui avaient servi de gages, et, quand elle en vint au caillou d'Alvimar, elle le lui jeta dans les jambes avec dédain.
Il en fut si outragé qu'il l'eût peut-être traitée comme il avait fait du louveteau, s'il eût eu encore l'arme dont il se servait si vite et si bien.
Mais il fit en vain le mouvement involontaire de la saisir, et Lauriane, qui le regardait, s'applaudit de l'avoir désarmé. Il rencontra ses yeux et se hâta de sourire; puis il essaya de parler d'autre chose, et Bois-Doré demanda à Lucilio un air de musette pour dissiper le fâcheux effet de cette aventure, tandis que La Flèche, remportant son grand panier sur sa tête, ses instruments magiques sous son bras, et, tirant de l'autre main la petite sibylle encore toute frémissante, franchissait avec empressement la herse et le pont-levis du manoir.
—À présent, tu vas me donner à manger? dit-elle quand ils furent en rase campagne.
—Non, tu as trop mal travaillé!
—J'ai faim.