—Mais vous en parliez avec Mercédès? écrivit Lucilio. La Flèche comprend-il l'arabe?

—Non, il comprend l'espagnol; mais je parlais toujours arabe avec Mercédès.

—Et, dans la bande de ces bohémiens, n'y avait-il pas d'autres Morisques?

—Il y avait la petite Pilar, qui comprend l'arabe parce qu'elle est fille d'un Morisque et d'une gitana.

—Alors, écrivit Lucilio au marquis, renoncez à la croyance au merveilleux. La Flèche a voulu exploiter la circonstance. Il savait jusqu'à un certain point l'histoire de Mario; il a appris la vôtre dans le pays, celle de votre frère disparu il y a dix ans. Il avait volé le cachet. Il a reconnu les armoiries sur l'écusson de la porte. Il avait retenu les dates. Il a deviné, pressenti ou supposé la vérité entière. Il a couru à la Motte pour vous faire sa prédiction, qu'il a apprise par cœur à la petite gitanelle. Ce soir ou demain, il vous apportera le cachet, pensant débrouiller à lui seul le mystère que vous savez maintenant, et recevoir une grosse récompense. C'est un filou et un intrigant, rien de plus.

Il en coûtait au marquis d'admettre des explications si naturelles et si vraisemblables; pourtant il s'y rendit.

Adamas lutta encore.

—Comment, dit-il à Lucilio, expliquerez-vous ce qu'il m'a révélé de la Bellinde et du presbytère?

Lucilio répondit que cela était bien aisé. Bellinde avait écouté, la veille, aux portes de l'appartement du marquis; La Flèche avait écouté, le matin, à la porte ou sous les fenêtres de la cure.

—Vous dites sensément les choses, s'écria le marquis, et je vois bien qu'il n'y a pas là d'autre magie que celle de la sainte Providence, qui a amené, avec cet enfant, la vérité et la joie dans ma maison. Allons souper! nous aurons ensuite l'esprit plus lucide.