Mario, enrubané et parfumé comme le marquis, frisé naturellement et portant, sur la mèche ou moustache de l'oreille gauche, une rose (on dirait aujourd'hui un chou) de rubans blancs, avec un gros diamant au milieu et de la dentelle d'argent en dessous, se présenta avec grâce.

Il n'était pas plus emprunté que s'il eût été élevé en gentilhomme. Il portait sa rapière avec aisance, et sa touchante beauté ressortait dans tout ce blanc, qui lui donnait l'air candide d'une jeune fille.

Lauriane et son père furent si émerveillés de sa figure et de ses mouvements, qu'ils se levèrent spontanément comme pour recevoir quelque fils de roi.

Mais ce n'était pas tout. Adamas, en bichonnant son petit seigneur, avait essayé de lui apprendre un compliment, tiré de l'Astrée, pour Lauriane. Retenir quelques phrases par cœur, ce n'était pas une affaire pour l'intelligent Mario.

—Madame, dit-il avec un gentil sourire, «il est bien impossible de vous voir sans vous aimer, mais plus encore de vous aimer sans être extrême en cette affection. Permettez que je baise mille et mille fois vos belles mains, sans pouvoir, par tel nombre, égaler celui des morts que le refus de cette supplication me donnera...»

Ici, Mario s'arrêta. Il avait appris très-vite, sans comprendre et sans réfléchir. Le sens des mots qu'il disait lui parut tout à coup très-comique; car il n'était nullement disposé à tant souffrir, si Lauriane lui refusait les mille et mille baisers qu'il ne tenait pas à ce point à lui donner. Il eut envie de rire et regarda la jeune dame, qui avait envie de rire aussi, et qui, d'un air sympathique et enjoué, lui tendait les deux mains.

Il mit l'étiquette de côté, et, obéissant à sa confiance naturelle, il lui jeta les deux bras autour du cou et l'embrassa sur les deux joues, en lui disant de son crû:

—Bonjour, madame; je vous prie de me vouloir du bien, car vous me semblez bonne personne et je vous aime déjà beaucoup.

—Pardonnez-lui, dit le marquis, c'est un enfant de la nature...

—C'est pour cela qu'il me plaît, répondit Lauriane, et je le dispense de toute cérémonie.