—Vive M. le marquis! vive M. le comte!

Ces bonnes gens obéissaient, de confiance à un mot d'ordre donné par Aristandre, sans savoir de quoi il était question; mais ce qu'ils savaient bien, c'est qu'ils n'étaient jamais mandés au château sans qu'il retournât de quelque largesse ou régal, et ils y venaient sans se faire prier.

On ouvrit les fenêtres du salon de compagnie pour entendre le discours, en forme de proclamation, que débitait Adamas à cette nombreuse assistance.

Debout sur le puits, qu'il avait fait couvrir, afin de se livrer sans danger à une pantomime animée, l'heureux Adamas improvisait le morceau d'éloquence le plus étourdissant qu'eût jamais produit sa faconde gasconne et lancé aux échos sa voix claire, aux inflexions toutes méridionales. Sa gesticulation n'était pas moins étrange que sa diction.

Quant à la rédaction de ce chef-d'œuvre, il est à regretter que la chronique ne nous l'ait point conservée; elle eut le sort des choses d'inspiration: elle s'envola avec le souffle qui l'avait fait naître.

Quoi qu'il en soit, elle produisit un grand effet. Le récit de la mort tragique du pauvre M. Florimond fit verser des larmes; et, comme Adamas avait le pleur facile et s'attendrissait naïvement pour son propre compte, il fut écouté religieusement, même des fenêtres du salon.

On ne s'égaya qu'aux transports de joie pathétique avec lesquels il proclama la recouvrance de Mario; mais l'auditoire rustique n'y trouva rien de trop.

Le paysan comprend le geste et non les mots, qu'il ne se donne pas la peine d'entendre; ce serait un travail, et le travail de l'esprit lui semble une chose contre nature. Il écoute avec les yeux.

On fut donc enchanté de la péroraison, et des connaisseurs déclarèrent que M. Adamas prêchait beaucoup mieux que le recteur de la paroisse.

Le discours terminé, le marquis descendit avec son héritier et sa compagnie, et Mario charma et conquit aussi les paysans par ses manières accortes et son doux parler.