Il n'y eut point de musique durant le repas; on voulait parler, on avait tant de choses à se dire! On se contenta d'annoncer chaque service par une fanfare dans le préau.

Lauriane prit place en face du marquis avec Mario à sa droite.

Lucilio fut de la fête; on ne redoutait la malveillance d'aucun convive.

XXXVII

Une demi-heure après qu'on fut sorti de table, Adamas pria son maître de monter, «avec sa compagnie, en la salle des Verdures,» où une nouvelle surprise était préparée.

C'était un divertissement dans le goût de l'époque, mais tel qu'on avait pu l'exécuter à la hâte dans un petit local.

Le fond de la salle était arrangé en manière de théâtre avec de riches tapis sur quelques tréteaux, des étoffes pour cadre et des feuillages naturels pour coulisses.

Quand on eut pris place, Lucilio joua un beau morceau d'ouverture, et le page Clindor parut sur la scène, en costume de berger de fantaisie. Il chanta des couplets rustiques assez jolis, vu qu'ils étaient de la façon de maître Jovelin; puis il se mit à garder ses moutons, de véritables agneaux enrubanés et bien lavés, qui se comportèrent assez décemment sur la scène. Fleurial, le chien du berger, joua aussi très-convenablement son rôle.

La sourdeline fit entendre une musique somnolente et douce, au son de laquelle le berger s'endormit.

Alors un vénérable vieillard s'avança, cherchant avec angoisse jusque dans les poches du dormeur et dans la laine des moutons. Il avait une si plantureuse barbe, des cheveux et des sourcils blancs tellement touffus, qu'on ne le reconnut pas d'abord; mais, quand il eut à déclamer quelques vers de sa façon pour exprimer le sujet de sa peine, on partit d'un joyeux rire en retrouvant l'accent gascon d'Adamas.