Elle ne comprit pas d'abord; elle eut peur, elle voulut s'enfuir. Mais Adamas se servit à propos des cinq ou six mots d'espagnol qu'il savait, pour la rassurer tout bas et lui faire comprendre qu'elle plaisait.
Mercédès chercha des yeux la personne qui l'intéressait le plus dans l'auditoire, et vit près d'elle dans la coulisse, le directeur Lucilio qui l'applaudissait aussi.
Une flamme jaillit de ses yeux noirs; puis, effrayée de cet éclair de bonheur, dont elle ne se rendait pas compte, elle abaissa ses longues paupières, qui dessinèrent leurs ombres veloutées sur ses joues brûlantes. Elle parut encore plus belle sans que l'on sût pourquoi, et on l'applaudit de nouveau.
Quand elle eut repris courage, elle chanta en arabe; après quoi, elle fit, aux questions du vieillard Adamas, des réponses dont il eut l'air de ne se point payer.
Après un débat en pantomime accompagnée de musique, elle lui promit l'enfant qu'il cherchait, à la condition qu'il subirait encore l'épreuve de combattre une affreuse tarasque de papier doré, qui arriva sur le théâtre en rampant et en vomissant des flammes.
L'intrépide Adamas, résolu à tout pour ramener au bercail l'enfant de son maître, s'élança au-devant du dragon, et il allait le percer de son glaive invincible, lorsque la tarasque se déchira comme un vieux gant, et le beau Mario sortit de ses flancs, habillé en Cupidon, c'est-à-dire en satin rose et or brodé de fleurs, la tête couronnée de roses et de plumes, l'arc en main et le carquois sur l'épaule.
La transformation d'un enfant en Cupidon dans le ventre d'un dragon ne nous est pas facile à saisir, dans le scenario manuscrit d'Adamas; mais il paraît qu'elle fut acceptée comme fort agréable, car cette apparition eut le plus grand succès.
Mario récita un compliment à la louange de son oncle et de ses amis, et la sybille lui prédit les plus hautes destinées. Elle fit sortir du buisson diverses merveilles, une corne d'abondance pleine de fleurs et de bonbons que l'enfant jeta aux spectateurs, puis le portrait du marquis que l'enfant baisa pieusement, puis enfin deux écussons coloriés en transparent, l'un aux armes des Bouron du Noyer, l'autre à celles de Bois-Doré, accolés sous une couronne d'où jaillit un petit feu d'artifice en forme de soleil rayonnant.
Disons, en passant, un mot de ces armoiries du marquis. Elles étaient fort curieuses, vu qu'elles avaient été inventées par Henri IV en personne.
En style de blason, on les décrivait ainsi: «De gueules, au dextrochère d'or, mouvant d'une nuée, tenant une épée la pointe en l'air; accompagnée, en chef, de trois gelines diadémées d'argent;» c'est-à-dire «un écusson fond rouge, au milieu duquel un bras droit, sortant d'une nuée d'or, tenait une épée la pointe en l'air, dirigée vers trois poules couronnées d'argent, placées au-dessus.»