Mercédès, qui travaillait dans le cabinet, l'entendit, vint sur le seuil, et n'osa approcher. Elle regrettait de ne pas savoir sa langue pour essayer de la consoler.

Cette fille aux instincts maternels ne pouvait voir souffrir un jeune cœur sans souffrir elle-même et sans avoir besoin de le secourir. Elle imagina d'aller chercher Mario: il lui semblait qu'aucune douleur ne pouvait résister à la vue et aux caresses de son bien-aimé.

Mario vint doucement sur la pointe du pied, et se trouva tout près de Lauriane, sans qu'elle l'eût entendu venir. Lauriane était déjà sa sœur chérie. Elle était si bonne pour lui, si enjouée à l'ordinaire, si soigneuse de le faire amuser, quand il passait la journée chez elle!

En la voyant pleurer, il fut intimidé: il croyait, comme tout le monde, que M. de Beuvre n'était absent que pour quelques jours.

Il restait à genoux sur le bord du coussin où elle avait posé ses pieds, et il la regardait, tout interdit; enfin il sa hasarda à lui prendre les mains.

Elle tressaillit et vit devant elle cette figure d'ange, qui lui souriait à travers des yeux humides. Touchée de la sensibilité de cet enfant, elle le pressa avec effusion sur son cœur en baisant ses beaux cheveux.

—Qu'est-ce que vous avez donc, ma Lauriane? lui demanda-t-il enhardi par cette effusion.

—Eh! mon pauvre mignon, lui répondit-elle, ta Lauriane a du chagrin comme tu en aurais si tu voyais partir ton bon père le marquis.

—Mais il reviendra bientôt, votre papa; il vous l'a dit en s'en allant.

—Hélas! mon Mario, qui sait s'il reviendra? Tu sais bien que quand on voyage...