Bois-Doré se confessa et raconta sincèrement la vision qu'il avait eue à Brilbault, affirmant toutefois que, jusqu'à l'apparition du profil de d'Alvimar sur la muraille, il croyait être certain de n'avoir pas rêvé un tapage et des ombres provenant d'être parfaitement réels.
Il eut la mortification de surprendre un sourire d'incrédulité sur la figure de ses deux auditeurs; mais, quand il eut raconté les aventures antérieures du logis de la jardinière, et montré les notes de d'Alvimar, il vit ses amis redevenir sérieux et attentifs.
—Mon cousin, lui dit Guillaume, en ce qui touche ces notes, il me sera facile de les rendre authentiques et de vous fournir l'écriture et la signature de M. d'Alvimar. Je vous certifie, en attendant, que ces pages-ci sont bien de sa main. Mettez-les dans vos archives et attendez, pour publier la mort de ce traître, que l'on revienne officiellement vous en demander compte.
Ce ne fut pas l'avis de M. Robin. Il blâmait le silence gardé sur cet événement, les précautions prises pour faire disparaître le corps et la continuation de ce mystère, dans un moment où les esprits de la localité étaient disposés en faveur du beau Mario, touchés du récit de ses aventures, et tout portés à maudire les lâches assassins de son père.
Bois-Doré eût suivi cet avis sur-le-champ, sans la crainte de déplaire à Guillaume, qui persistait dans son premier sentiment.
—Mon cher voisin, dit celui-ci, je me rangerais à votre opinion et me repentirais du conseil donné par moi au marquis, sans une réflexion qui me vient et que je vous prie de peser sérieusement; et cette réflexion, la voici: c'est que le marquis n'a pas besoin de s'accuser d'avoir tué un homme qui n'est peut-être pas mort.
MM. Robin et Bois-Doré firent un mouvement de surprise, et Guillaume continua:
—Pour parler et penser ainsi, j'ai deux fortes raisons: la première, c'est que l'on a emporté du jardin de la Caille-Bottée un homme qui pouvait, bien que percé d'un vaillant coup d'épée, n'avoir pas rendu le dernier soupir; la seconde, c'est que notre marquis, dont le courage n'est point de ceux dont on puisse douter, a vu à Brilbault la figure de son ennemi.
M. Robin garda le silence de la réflexion; Bois-Doré recueillit ses souvenirs de la veille, et tâcha de les dégager du trouble qu'il avait éprouvé; puis il dit:
—Si M. d'Alvimar est mort, ce n'est pas sur le lieu du combat, à la Rochaille, ni au logis de la jardinière; c'est à Brilbault, pas plus tard qu'hier au soir. Il est mort en je ne sais quelle étrange et brutale compagnie, mais assisté d'un prêtre qui pouvait être M. Poulain, et soigné par un valet qui devait être le vieux Sanche. Les ombres confuses que j'ai vues ne m'ont rien offert de contraire à ces suppositions, et, quant à ce que j'ai saisi de la façon la plus claire et la plus nette, c'est une croix aussi bien dessinée que celle d'un blason, et sous la dextre branche de cette croix, la face amaigrie et comme décharnée de M. d'Alvimar. Cette face sembla d'abord un peu agitée pendant qu'une voix disait une psalmodie mortuaire; de faibles soupirs, que j'avais entendus à travers la bacchanale, se firent entendre encore durant la prière. Puis cette plainte cessa, la face devint comme de pierre; on eût dit que ses lignes s'endurcissaient sur la muraille qui m'en présentait le reflet. La tête était non plus penchée, mais renversée en arrière, et alors...