—Ah! mon cher carrosseux! s'écria Mario en jetant ses bras autour de la grosse tête qui passait par la lucarne basse du petit réduit. C'est donc toi! Mais comme ta es mouillé, mon Dieu! est-ce du sang?

—Non, Dieu merci! c'est de l'eau, répondit Aristandre, de l'eau bien froide! Mais je n'en ai pas bu, heureusement pour moi! J'ai été poussé, poussé, emporté malgré moi sur le pont dormant, par nos diables de paysans, qui reculaient pour entrer dans le préau. J'ai vu que j'allais être forcé d'y entrer aussi, et que je n'en pourrais plus sortir pour vous retrouver. Alors j'ai lâché mon dernier coup de pistolet, et j'ai sauté dans la rivière. Coquine de rivière! j'ai cru que je n'en sortirais jamais, d'autant plus que, du château, on a tiré sur moi, me prenant pour un ennemi. Enfin, me voilà! Il y a un quart d'heure que je vous cherche; je me doutais bien que vous seriez dans l'affinoire (Aristandre appelait ainsi le labyrinthe); mais, depuis dix ans que je le connais, je ne sais pas encore m'y retourner. Allons! il faut sortir d'ici, essayons! Laissez-moi faire! Mais avec qui diantre êtes-vous là?

—Avec quelqu'un qu'il faut sauver aussi, une petite fille malheureuse.

—Du bourg? Ah! ma foi, ça m'est égal, on la sauvera si l'on peut. Vous d'abord! Je vais voir ce qui se passe dans la basse-cour; restez là et parlez tout bas.

Aristandre revint au bout de peu d'instants. Il était soucieux.

—S'en aller n'est pas facile, dit-il à voix basse aux enfants. Ah! ces gens du bourg! faut-il qu'ils soient maladroits pour avoir laissé prendre la ferme! Et, à présent que les coquins y font leur soûlerie, si, du château, on faisait une sortie, on les tuerait comme des porcs jusqu'au dernier! On croit avoir affaire à des démons, et, moi, je dis que c'est des gens déguisés, de la vraie canaille! Écoutez-les crier et chanter!

—Eh bien, profitons de leur débauche, dit Mario; traversons ce bout de cour, où il n'y a peut-être personne, et vitement gagnons la tour de l'huis.

—Oh! dame! oui, bien sûr! Mais ils se sont renfermés, les gueux! Ils savent bien que M. le marquis peut venir dans la nuit, et il faudra qu'il mette le siége devant sa porte!

—Oui, s'écria Mario, c'est pour cela que j'ai vu Sanche aller de ce côté-là, avec La Flèche!

—Sanche? La Flèche? vous le savez reconnus? Ah! j'ai envie d'aller tout seul tomber dessus ces fameux chefs!