Ce M. d'Alvimar était, en général, suffisamment adroit pour le compte des autres, discret et apte au travail; mais on lui reprochait d'avoir la manie de donner son avis, «là où il se devait contenter de suivre celui des autres,» et de montrer une capacité dont il faut se résigner à laisser le mérite à «ses supérieurs, quand on n'est encore qu'un petit personnage.»

Il ne réussit donc pas, malgré son zèle, à attirer sur lui l'attention de la reine mère, et, lors de la retraite de Marie à Angers, il resta perdu dans les officiers subalternes, toléré plutôt qu'agréé.

D'Alvimar s'affecta de ces nombreux échecs. Rien ne lui servait, ni sa jolie figure, ni ses belles manières, ni sa naissance assez relevée, ni son savoir, sa pénétration, sa bravoure, sa causerie agréable ou instructive: «on ne l'aimait point.» Il plaisait tout d'abord, et puis, bien vite aussi, on se dégoûtait d'un fond d'amertume qu'il laissait tout à coup paraître; ou bien on se méfiait d'un fond d'ambition qu'il laissait mal à propos percer. Il n'était ni assez Espagnol ni assez Italien, ou bien, peut-être, il avait trop de l'un et de l'autre: un jour communicatif, persuasif et souple comme un jeune Vénitien; un autre jour, hautain, têtu et sombre comme un vieux Castillan.

À tous ses mécomptes se joignait un certain remords secret qu'il ne révéla qu'à sa dernière heure, et que nous verrons les événements de ce récit arracher de vive force à l'oubli où il voulait l'ensevelir.

Malgré nos recherches, nous le perdons de vue plus d'une fois dans les années qui s'écoulèrent entre la mort de Concini et la dernière année de la vie de Luynes; à l'exception de quelques mots de notre manuscrit sur sa présence à Blois et à Angers, nous ne trouvons, dans son histoire obscure et tourmentée, aucun fait digne de mention jusqu'à l'année 1621, où, pendant que le roi faisait si mal le siége de Montauban, le petit d'Alvimar était à Paris, toujours à la suite de la reine mère, réconciliée avec son fils après l'affaire des Ponts-de-Cé.

D'Alvimar avait alors renoncé à l'espoir de lui plaire, et peut-être bien lui aussi, dans son cœur «enfiélé,» la traitait-il de balourde, bien que, pour la première fois, elle eût fait preuve de bon sens en donnant sa confiance, et l'on dit son cœur, à Armand Duplessis; c'était là un rival que d'Alvimar ne devait pas beaucoup espérer d'éconduire. De plus, la reine, conseillée par Richelieu, tournait sa politique dans le même sens que Henri IV et Sully. Elle combattait, pour le moment, l'influence espagnole en Allemagne, et d'Alvimar se voyait presque en disgrâce, lorsque, pour surcroît de malheur, il lui arriva une assez méchante affaire.

Il se prit de querelle avec un autre Sciarra, un Sciarra Martinengo que Marie de Médicis employait plus volontiers, et qui refusait de le reconnaître pour parent. Ils se battirent: le Sciarra Martinengo fut grièvement blessé, et il vint aux oreilles de Marie que M. Sciarra d'Alvimar n'avait pas rigoureusement observé les lois du duel en France.

Elle le manda devant elle et le réprimanda avec beaucoup de brutalité; ce à quoi d'Alvimar répondit avec l'aigreur qui depuis longtemps s'amassait en lui. Il réussit à quitter Paris avant que l'on fût en mesure de l'y arrêter, et arriva, dans les premiers jours de novembre, au château d'Ars, en Berry, dans le duché de Châteauroux.

Il nous faut dire les raisons qui lui faisaient choisir ce refuge, de préférence à tout autre.

Environ six semaines avant son malheureux duel, M. Sciarra d'Alvimar s'était trouvé en relation de bonne compagnie avec M. Guillaume d'Ars, un jeune homme aimable et riche, descendant en droite ligne du brave Louis d'Ars, qui avait fait la belle retraite de Venouze en 1504, et qui fut tué à la bataille de Pavie.