—Vous mentez, ma mie; votre homme est un suppôt du vieux... Suffit! je sais de vos nouvelles; mon épouse m'a dit...
—De quel vieux voulez-vous parler?
—Je crois que vous me questionnez, valetaille? dit le capitaine avec une dignité burlesque qu'il affectait de bonne foi.
—Pourquoi non? reprit l'hôtesse. Et votre épouse, comme vous dites, qui donc est-elle, pour vous avoir si bien renseigné?
—Retenez votre langue, et quand viendra ma déesse, servez-la à genoux, dit Macabre avec un sourire de fatuité qui fit remonter sa bouche de guingois jusqu'à son œil gauche.
Puis, revenant à son idée fixe, qui était de bien manger et de bien régaler sa déesse, il insista pour faire lever l'hôtelier.
—Par l'enfer! dit Saccage en tirant son épée, ça n'est pas difficile; j'ai toujours ouï dire qu'il fallait larder les côtés malades pour leur donner du jeu, et je saurai bien dénicher ce prétendu moribond en quelque trou qu'il se terre! Venez avec moi, les estradiots! et piquez partout, que ce soit chair ou moellon.
—C'est inutile, dit Mario en se jetant au devant de la rapière dégaînée, je vais le chercher; je sais où il est maître Pignoux!... Je le connais, et quand je lui dirai qu'il a l'honneur de recevoir le capitaine Macabre en personne, il viendra tout de suite.
—Ce petit-là est gentil! dit Macabre en regardant sortir Mario. Il faut que je le donne à mon épouse pour la servir. Elle me demande tous les jours un page bien tourné.
—Vous ne ferez rien d'un bohème, dit Saccage. Celui-ci a l'air insolent et moqueur.