Aussi, lorsque les bohémiens en déroute vinrent se heurter en hurlant, l'épée dans les reins, contre les pieux massifs de la sarrasine, Sanche ne bougea non plus que les pierres de la voûte. Ce fut en vain que des voix furieuses et désespérées lui crièrent:

—Le pont! La herse! Le pont!

Il fut sourd; que lui importaient ses complices!

Les bohémiens furent forcés de s'élancer dans la manœuvre pour essayer de se délivrer. Leurs femmes et leurs enfants poussaient des cris lamentables.

C'était la contre-partie de la scène de terreur et de confusion qui avait eu lieu en ce même endroit, quelques heures auparavant, parmi les vassaux éperdus de la seigneurie.

Bois-Doré, toujours à cheval et entouré des siens, tenait désormais en cage tous les débris de cette horde d'assassins et de voleurs. Leurs femmes, devenues furieuses pour défendre leurs enfants, se retournaient contre lui avec la rage du désespoir.

—Rendez-vous! rendez-vous tous! s'écria le marquis pris de pitié; je fais grâce à cause des enfants!

Mais personne ne se rendait: ces malheureux ne croyaient pas à la générosité du vainqueur; ils ne comprenaient pas la bonté,—chose rare chez les seigneurs de cette époque, il faut en convenir.

Le marquis fut forcé d'arrêter ses gens pour empêcher, comme il l'a dit depuis, un massacre des innocents, si tant est qu'il y eût des innocents parmi ces petits sauvages, déjà dressés à toute la perversité dont ils étaient capables.

Enfin, la sarrasine fut levée et le pont s'abaissa.