—Allons, mon jeune héros, ajouta-t-il en l'embrassant encore, j'aurais beau vouloir vous tenir en laisse, vous voilà hors de page. Vous avez vengé de votre propre main, à onze ans, la mort de votre père, et gagné vos éperons de chevalier. Allez mettre un genou en terre devant votre dame; car vous avez conquis l'espoir de lui plaire un jour.
Lauriane embrassa Mario fraternellement sans hésiter, et Mario lui rendit ses caresses sans rougir.
Le moment n'était pas encore venu où leur sainte amitié pouvait se changer en un saint amour.
Tous deux retournèrent vers Mercédès après avoir rassuré le marquis sur le compte de Lucilio, qui était bon chirurgien et qui s'était déjà rendu auprès d'elle. Mario n'avait pas voulu se vanter d'avoir contribué à la délivrance de son ami, qui, à son tour, s'était fort bien battu à ses côtés.
La Morisque était si heureuse des soins du précepteur et du retour de Mario, qu'elle ne sentait point son mal.
Après ce pansement, Lucilio procéda à celui des blessés, et même à celui des prisonniers, que l'on se disposait à faire partir, sous bonne escorte, pour la prison forte de La Châtre.
Assis dans la basse-cour, autour d'un reste d'incendie, les reîtres avaient l'oreille bien basse; le capitaine Macabre, qui s'était battu ivre-mort et qui était fort blessé, ne songeait qu'à implorer du brandevin pour s'étourdir de sa déconfiture; la Bellinde avait eu si grand'peur dans la bataille, qu'elle en était comme hébétée: ce qui la préservait de sentir l'humiliation de se voir exposée aux mépris et aux reproches des domestiques et vassaux qu'elle avait si longtemps dédaignés et tancés.
Elle fut pourtant l'objet de quelques égards de la part des villageoises, à cause de son riche costume, dont elles étaient éblouies instinctivement.
Mais, quand Adamas sut la prétention qu'elle avait eue d'épouser le marquis et le projet qu'elle avait manifesté de torturer Mario, il la voua si bien à l'exécration générale, que le marquis dut se hâter de la faire partir pour la prison de ville. Il eut même l'humanité, en dépit d'Adamas, de lui laisser ses bijoux, sa bourse et un cheval pour la transporter.
Tous les autres chevaux des reîtres, qui étaient fort bons, et leurs équipages, ainsi que leurs armes et l'argent des officiers, furent distribués aux braves gens qui les avaient pris, sans que le marquis voulût rien garder pour lui-même de la dépouille de l'ennemi. Il s'occupa, en outre, de secourir au plus vite ses pauvres vassaux, pillés et houspillés par les bohémiens.