Ces traces entouraient le cadavre et présentaient comme un piétinement auprès de sa tête, puis elles s'éloignaient dans la direction que son bras montrait encore.
—Il y a des enfants bien terribles? dit le bon carrosseux en faisant remarquer ces traces à Mario. Je sais bien que ces bohémiens ne valent pas des chiens, et c'est peut-être le petit à ce pauvre Charasson qui, voyant que vous vouliez sauver ce mal mort, aura voulu, lui, l'achever comme cela pour venger la mort de son père. C'est égal, c'est une invention du diable, et l'on a bien raison de dire que le mal fait pousser le mal.
—Oui, oui, mon bon ami, répondit Mario épouvanté. Tu comprends, toi, qu'un mourant n'est plus un ennemi. Mais regarde donc là-bas dans le buisson: n'est-ce pas la petite Pilar qui se cache?
—Je ne sais pas, dit Aristandre, ce que c'est que la petite Pilar; mais je connais cette petite drôlesse pour celle que j'ai fait sauver cette nuit. Tenez, la voilà qui se sauve plus loin. Elle court comme un vrai chat maigre; la reconnaissez-vous, à présent?
—Oui, dit Mario, je la connais trop, et je vois bien que le démon est en elle. Laissons-la fuir, carrosseux, et puisse-t-elle s'en aller bien loin d'ici!
—Allons, monsieur, ne restez pas dans ce vilain endroit, reprit Aristandre; je vas remettre en terre la guenille de ce mécréant: car, de vrai, les chiens et les corbeaux le flairent déjà, et M. le marquis n'aimerait pas à voir traîner ça sur ses terres.
Mario, brisé de fatigue, alla prendre un peu de repos.
Quand il eut dormi une heure sur un fauteuil, à côté de sa chère Morisque, qui feignit de reposer aussi pour le tranquilliser, il se remit à donner des soins, des secours et des consolations dans le château et dans le village, avec l'aimable et dévouée Lauriane.
Le marquis, après avoir fait à la hâte un peu de toilette, recevait la visite du lieutenant de la prévôté.
En compagnie de MM. d'Ars et de Coulogne, il exposait les faits aux magistrats chargés d'en faire bonne et prompte justice.