C'était, du reste, un beau chariot, tout couvert de cuir, garni de clous dorés qui formaient des bordures d'ornement autour des panneaux. Il y avait, pour descendre et monter, une petite échelle que l'on retirait et plaçait dedans quand on était en route.
Aux quatre coins de cette citadelle roulante, on remarquait un arsenal composé de pistolets et d'épées, sans oublier la poudre et les balles, si bien qu'au besoin on y pouvait soutenir un siége.
Deux valets à cheval, portant des torches, ouvraient la marche; deux autres porte-flambeaux marchaient derrière la voiture avec le domestique de d'Alvimar, tenant son cheval en laisse.
Le jeune page du marquis monta sur la banquette à côté du cocher.
Tout cela passa à grand bruit sous la herse de la Motte-Seuilly, et le pont-levis, en se relevant derrière la cavalcade, aux joyeux aboiements des chiens de garde qu'on lâchait dans le préau, compléta un vacarme qui fut entendu jusqu'au hameau de Champillé, à un bon quart de lieue de distance.
D'Alvimar crut devoir adresser à Bois-Doré quelques louanges sur son beau carrosse, objet de luxe et de confort encore peu répandu dans les campagnes, et qui, dans le pays particulièrement, passait pour une merveille.
—Je ne m'attendais pas, dit-il, à trouver au fond du Berry les aises des grandes villes, et je vois, monsieur le marquis, que vous menez ici la vie d'un homme de qualité.
Rien ne pouvait être plus flatteur pour le marquis que cette dernière expression. Simple gentilhomme, il n'était pas, il ne pouvait pas être, malgré son titre, homme de qualité.
Son marquisat était une petite ferme du Beauvoisis qu'il ne possédait même pas.
Dans un jour de fatigue et de danger, Henri IV, arrivant avec lui et une très-petite escorte dans cette ferme, où le hasard de la guerre de partisans les avait forcés de faire halte, et qu'ils trouvèrent déserte et abandonnée, courait grand risque de ne point déjeuner du tout, lorsque M. Sylvain, qui était l'homme de ressources dans ces sortes d'aventures, avait découvert, dans un buisson, quelques volailles oubliées et devenues sauvages. Le Béarnais s'était donné le plaisir de cette chasse, et Sylvain s'était chargé de faire cuire à point le gibier.