—C'est ainsi que je l'entendais! dit de Beuvre. Eh bien, fiançons-les, et reprenez ma fille chez vous. Vous surveillerez ces amoureux, et, dans deux ou trois ans, je reviendrai faire la noce.

Bois-Doré était assez romanesque pour céder; cependant il hésita. Il avait oublié l'amour, ou du moins ses orages. Mais un regard d'Adamas, qui feignait d'arranger les paquets et qui écoutait fort bien de ses deux oreilles lui rappela ces rougeurs et ces pâleurs qu'il avait remarquées sur le visage de Mario, et qui pouvaient être la révélation de souffrances cachées avec soin.

—Non, non, dit-il. Je ne mettrai point mon enfant auprès du brasier; je ne l'exposerai point à s'y dessécher ou à manquer aux lois de l'honneur. Restez en votre château, mon voisin, et soyons prudents. Vous êtes assez riche. Échangeons ici notre parole, à l'insu de nos enfants, cette fois! Pourquoi ôter le sommeil à l'un d'eux? Dans trois ans, nous les ferons heureux, sans trouble ni reproche.

De Beuvre sentit que l'ambition et la cupidité lui avaient fait désirer une sottise. Mais il était devenu entêté et colérique. Il prit de l'humeur, refusa l'échange des paroles et décida qu'il conduirait sa fille en Poitou, auprès de la duchesse de la Trémouille, sa parente.

Mario eut une défaillance au moment de monter en voiture, lorsqu'il apprit que Lauriane ne revenait pas avec lui et s'éloignait pour un temps illimité. Son père avait essayé d'amoindrir le coup; mais de Beuvre tenait à le lui porter pour éprouver ses sentiments ou pour se venger de la leçon de prudence qu'il avait eu le dépit de recevoir du moins prudent des hommes. Lauriane, qui ne savait rien encore (son père lui avait seulement dit qu'il avait à rester quelques jours de plus avec elle à Bourges), descendit précipitamment l'escalier en entendant l'exclamation douloureuse du marquis, à la vue de Mario blême et défaillant. Mais Mario se remit très-vite, prétendit n'avoir qu'une crampe, et se jeta dans le grand carrosse en fermant les yeux. Il ne voulait pas voir Lauriane, dont l'air calme jusqu'à ce moment le blessait jusqu'au fond du cœur. Il la supposait instruite de tout et décidée, sans regret, à le quitter pour toujours.

Le marquis voulait rester, s'expliquer avec de Beuvre. Il eut le courage de n'en rien faire, en voyant le courage de Mario: quoi qu'il pût advenir, l'âge était venu pour le jeune homme où une séparation de quelques années devenait nécessaire.

Mario, si expansif à tous autres égards, n'ouvrit son cœur à personne et affecta, durant le chemin, une grande sérénité.

À Briantes, le marquis l'interrogea adroitement, Mercédès imprudemment. Il tint bon, disant qu'il aimait beaucoup Lauriane, mais que ce chagrin ne prendrait ni sur sa raison ni sur son travail.

Il tint parole; sa santé souffrit un peu. Il se soumit à tous les soins qu'on le pria d'avoir de lui-même, et il eut bientôt pris le dessus.

—J'espère, disait quelquefois le marquis à Adamas, qu'il ne sera pas trop sentimental et qu'il oubliera cette mauvaise enfant, qui ne l'aime point.