—Qu'a-t-il répondu?
—De ses yeux et de sa tête, il a dit non; par où j'ai vu qu'il souhaitait la retenir. Elle a voulu s'en aller, pensant qu'il était occupé à ses grandes singeries; car, avec lui, monsieur, elle se tient comme une servante qui n'a pas du tout l'idée de plaire à son maître. Mais lui, il a frappé sur la table pour la rappeler. Elle est revenue. Ils se sont regardés; pas longtemps, car elle a vitement baissé ses beaux yeux noirs, et elle lui a dit en arabe, du moins je l'ai présumé à son air:
«—Qu'est-ce que tu veux, mon maître?»
Il lui a montré le gobelet où elle avait mis les roses, et elle, ne les voyant plus, a dit encore:
«—C'est ce méchant espiègle d'Adamas qui les a ôtées, car je ne les oublie jamais.»
—Elle a dit cela?
—Oui, monsieur, en arabe. J'ai très-bien deviné tout! Alors elle a couru pour chercher d'autres fleurs, et il l'a suivie jusqu'à la porte comme un homme qui se défend contre lui-même. Il est revenu à sa table, il a mis sa tête dans ses mains et il a eu, monsieur, je vous en réponds, les plus beaux sentiments du monde dans le cœur, pour accorder son amour avec sa vertu.
—Eh! pourquoi se défendre ainsi? s'écria le marquis; ne sait-il pas que je serai heureux de le marier avec cette belle et bonne personne? Va le chercher, Adamas; il se couche tard et sera encore debout. Mario dort, et c'est le bon moment pour une explication aussi délicate.
LXVIII
Le bon marquis n'eut pas de peine à confesser Lucilio.