La jeune femme n'avait laissé de droits à aucune fortune, et les parents ne se souciaient, en aucune façon, de reconnaître un jeune homme élevé par un vieux hérétique mal blanchi.

Le marquis, outré, se le tint pour dit et résolut de rendre oubli pour mépris à ces vaniteux Espagnols. Il lui en avait assez coûté d'assiéger les portes d'une ambassade dont, à titre d'ancien protestant et de bon Français, il haïssait l'enseigne.

Et cependant il était triste et confiait ses peines à son inséparable Adamas.

—Certes, lui disait-il, la plus douce et la plus honnête vie est celle de la noblesse sédentaire. Mais, si elle convient à ceux qui ont bien payé de leur personne, elle peut devenir pesante et même honteuse à un jeune cœur comme celui de Mario. L'ai-je fait élever avec de grands soins, avons-nous fait de lui, grâce à son génie précoce, un gentilhomme accompli et propre à toutes choses, pour l'ensevelir en une gentilhommière, sous prétexte qu'il n'a pas besoin de faire fortune et qu'il a le cœur doux et humain? Ne lui faudrait-il pas un peu de guerre et d'aventure, et, par quelque action d'éclat, conquérir ce marquisat que les idées de rangement universel du grand cardinal peuvent bien lui enlever d'un jour à l'autre? Je sais que l'enfant est bien jeune, et qu'il n'y a point de temps perdu encore; mais ses inclinations ne semblent tournées vers le beau savoir, et je me tracasse l'esprit du chemin qu'il y trouvera pour se distinguer.

—Monsieur, répondit Adamas, si vous croyez que votre fils sera plus manchot que vous à la bataille, c'est que vous ne le connaissez guère.

—Je ne connais pas mon fils?

—Eh bien, non, monsieur, vous ne la connaissez point: c'est un mystérieux qui vous aime tant, qu'il n'ose jamais avoir une idée pour vous tracasser ou une peine à vous faire partager. Mais je sais le fond du sac: Mario rêve de guerre autant que d'amour, et le temps est proche où, si vous ne devinez point ses ambitions, vous le verrez devenir triste ou malade.

—À Dieu ne plaise! s'écria le marquis. Je le veux interroger là-dessus dès demain!

Quand on dit demain, en pareille affaire, c'est dire que l'on recule, et le marquis recula, en effet. La faiblesse paternelle livra en lui un grand combat à l'orgueil paternel, et elle triompha. Mario n'était pas encore de force à supporter les fatigues de la guerre, et, d'ailleurs, la guerre que tout annonçait avec l'Angleterre ou l'Espagne semblait un peu ajournée par les grands efforts de Richelieu pour la création d'une marine française. On ne devait pas se presser; on avait le temps: on s'y trouverait bien assez tôt!

On retourna donc à Briantes à la fin de l'automne, et ou trouva Lucilio marié avec Mercédès.