—Monsieur le marquis, dit Adamas, un genou en terre pour déchausser sa vieille idole, il faut que je vous raconte une aventure bien singulière arrivée tantôt en votre châtellenie.
—Parle, mon ami, parle, puisque tu as envie de parler, répondit Bois-Doré, qui permettait à son attifeur de babiller familièrement avec lui, et qui, d'ailleurs, à moitié endormi, aimait à se faire bercer par quelque innocent commérage.
—Vous saurez donc, mon cher et bien-aimé maître, reprit Adamas avec son accent gascon que nous ne chercherons pas à indiquer, que, vers les cinq heures de ce soir, il est venu ici une femme fort étonnante, une de ces pauvres femmes comme nous en avons vu tant sur les côtes de la Méditerranée et dans les provinces du Midi; vous savez, monsieur, des femmes assez blanches, avec de fortes lèvres, de beaux yeux et des cheveux noirs... comme les vôtres!
En faisant cette comparaison sans aucune malice, Adamas portait respectueusement sur un champignon d'ivoire la perruque de son maître.
—Tu veux parler, lui dit Bois-Doré sans se troubler de l'objet de la comparaison, de ces Égyptiennes qui font toutes sortes de tours?
—Non pas, monsieur, non pas! Celle-ci est une Espagnole qui, je le crois bien, jure par Mahomet quand elle est toute seule.
—Alors, tu veux dire que c'est une Morisque?
—Voilà, justement, monsieur le marquis; c'est une Morisque, et elle ne sait pas un mot de français.
—Mais tu sais un peu d'espagnol?
—Un peu, monsieur. J'ai si peu oublié ce que j'en savais, que je me suis mis à parler avec cette femme presque aussi couramment que je vous parle.